Update martie 2010


LA PRESSE ROUMAINE EN TRANSITION:DE LA PROPAGANDE AU PROFIT?

Armande Saint-Jean, Université du Québec à Montréal

Daniela Frumusani,Université de Bucarest

La presse roumaine a joué un rôle historique capital dans l’épanouissement intellectuel, politique ,social et culturel de la Roumanie,dès la fin du XVIII-ème siècle, tout au long du XIX-ème et dans les premières décennies du XX-ème.La diversité et la grande qualité de la presse roumaine traduisaient alors un niveau élevé de débats publics ouverts sur tous les sujets d’intérêt pour le peuple roumain. Ecrivains, artistes, universitaires, scientifiques et politiciens s’impliquaient dans les différents aspects de la vie en Roumanie à travers les nombreux journaux et magazines publiés dans tout le pays. Cette vitalité de la presse a contribué considérablement à l’éveil culturel et sociopolitique des Roumains, ainsi qu’au développement d’une identité nationale et d’un sens de la citoyenneté tout à fait particuliers.

De la même manière, les médias ont joué un rôle déterminant au moment du renversement du régime Ceausescu, en décembre 1989, lors de ce qu’on appelé la « révolution roumaine »…

Depuis lors, la presse roumaine se cherche : elle tente à la fois de préciser sa vocation, d’acquérir une crédibilité, de maîtriser les règles de la concurrence et les exigences de la rentabilité et surtout de se définir une éthique et une déontologie véritablement professionnelles. Dans un pays qui vit une transition politique, sociale, économique, la presse roumaine traverse elle-même sa propre période de transition, caractérisée par des tâtonnements inévitables, des paradoxes, des questionnements et d’innombrables fluctuations.

Il apparaît donc clairement que la transition fournit à la presse l’occasion de redéfinir son statut au sein de la société en termes politiques et économiques, en même temps qu’elle l’oblige à revoir les principes éthiques et l’orientation des pratiques professionnelles.

La transition de la presse procure aussi une occasion unique aux chercheurs de s’interroger sur les modalités et les finalités du changement.. Dans la perspective d’un processus dynamique de démembrement et de remembrement de la société tel que l’a décrit Victor Turner, le discours journalistique « fait de l‘événement un rite de passage et construit l’événement comme un mythe liminaire »(M.Coman, « Médias, mythes et rites de passage » Communication 1992,vol 3, no 2,p173-181) A ce titre les journalistes participent au premier chef au changement qui traverse la société et ils jouissent donc d’un nouveau type de pouvoir. Les médias constituent l’instrument culturel qu’une population utilise à des fins de changement accéléré afin d’accéder à une nouvelle structuration de l’ordre social. Dans cette optique, l’information est à la fois partie prenante des rites de passage qui constituent la crise et le révélateur, le facteur de compréhension qui permet d’apprivoiser la crise.

En période liminale de crise, la presse remplit plusieurs rôles :elle est tout à la fois modèle de changement, lieu d’exorcisation du passé, occasion d’expérimenter des alternatives, instance de responsabilité sociale et centre nerveux des réseaux d’interaction entre les instances de pouvoir et de contre-pouvoir.

L’importance de reconnaître ces multiples dimensions de l’activité de la presse tient non seulement à la nécessité de se dissocier d’une vision fonctionnaliste étroite des médias, mais aussi à l’urgence de reconnaître le rôle dynamique de l’information dans le processus de recherche de la cohésion sociale qui caractérise la phase de remembrement de la société en transition, de manière à permettre l’émergence d’une culture de l’information caractérisée par une tendance à favoriser le débat, la réflexion et la concrétisation des droits fondamentaux à l’expression et à l’opinion.


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