Update martie 2010


SÉMIOTIQUE, SOCIÉTÉ,CULTURE

                                                                                    Daniela Rovenţa-Frumuşani
                                                                                    Université de Bucarest

Tout comme la société post-communiste qui, après plus de dix ans de mutations paradigmatiques ressent le besoin d’évaluer le trajet parcouru et les développements possibles, la recherche dans l’un des plus dynamiques et significatifs domaines de la connaissance – les sciences de l’information et de la communication – vise la définition d’un état de lieux, ainsi que les principales tendances de développement.
            La société de l’information et de l’informatisation, comme provocation essentielle au niveau des entreprises, de professions, de la connaissance est une société de l’apprentissage à vie, de la permanente adaptation et du dépassement des barrières classiques entre les domaines, cultures, individualités. La sémiotique comme science critique et métascience contribue à cet accroissement des ponts interdisciplinaires, à la connexion des savoirs, à l’optimisation de toutes les formes d’interaction.
            Dans une tentative de schématisation de la complexité actuelle, on pourrait dire qu’on accepte et on institue la multiplicité à la place de l’homogénéité sécurisante, les provocations, les reconstructions (identitaires, politiques, cognitives); ces permanentes resémantisations provenant du domaine de la sémiotique, sociologie, médiologie, génèrent des projets, réflexions et solutions qui  enrichissent la connaissance et l’action humaine..
            Les résultats des diverses problématisations agglutinées (sociologie et mass-média, sémiotique et philosophie, analyse du discours et communication politique) ne sont pas un produit fini, mais un parcours, un devenir, une trajectoire asymptotique (“To write is to become”, comme le pense une célèbre écrivaine féministe).
             Notre lecture sémiotique emprunte les caractéristique de “l’aventure” féministe: “Quand les féministes se rencontrent, l’identité féministe este créée ou consolidée. Quand les féministes parlent et agissent, la théorie reçoit du sens et descend dans la rue.” Cette immersion dans la vie réelle transforme la science en solidarité sociale qui vise une amélioration pragmatique de la condition humaine (cf.aussi R. Rorty, Z. Bauman inter alii)
            Accepter la différence dans un nouveau cadre (“contingency as destiny” – Bauman) implique la multiplication des constructions identitaires et discursives, l’intertextualité, la “cannibalisation” des styles, l’interférence high culture / popular culture dans le discours actuel en général, médiatique, politique, publicitaire, en particulier.
            Dans une lecture socio-sémiotique, le syntagme de Mallarmé “changer la langue”, ou, plus généralement, “changer le code”, devrait être corrélé au syntagme praxiologique “changer le monde” (tant au niveau de la praxis, qu’au niveau de la réflexion métapragmatique, critique discursive). Les systèmes sémio-linguistiques nous offrent des outils puissants et, en même temps, subtiles, de mise en évidence des manifestations quotidiennes des problèmes sociaux dans l’interaction et la communication.
L’analyse socio-sémiotique des divers types fonctionnels de discours (politique, médiatique, littéraire) doit nous montrer comment ces discours mobilisent des forces ou influent sur des réseaux sociaux (cf. aussi D. Maingueneau 1991: 35).
            Le monde du sujet, le monde du corps et le monde social ne sont pas étrangers l’un à l’autre. “Chacun de ces mondes pénètre les autres: le monde social, surtout, et pénétré par le monde du sujet et du corps” (A. Tourraine 2000: 300). D’où l’importance d’une approche syncrétique translinguistique, ainsi que du dialogisme et de l’interdiscours, car la valeur réelle d’une analyse sémio-discursive dépend essentiellement des solutions qu’elle apporte à la résolution des problèmes sociaux majeurs. Ce n’est qu’ainsi que la recherche dépasse l’étape descriptive et explicative en la rendant plus sensible aux implications socio-politiques, aux provocations sociales.
            Au delà de l’efficacité des instruments et des enjeux économiques, c’est sur la modification des rapports sociaux qu’il faut réfléchir, sur le maintien de la communication comme facteur d’émancipation (à l’heure de la mondialisation et du “surgissement du triangle infernal identité – culture – communication” – D. Wolton, 2003:11)
            La recherche sémiotique est fondée sur la présupposition du besoin de significations pour tous les êtres, ainsi que sur la possibilité des sémiotiques (générale et régionales) et des sciences de la communication de nourrir cette quête du sens (D’où venons-nous? Où allons-nous? Qu’est-ce qu’y est essentiel pour mon projet existentiel, communautaire, institutionnel? C’est pourquoi, à partir d’une définition humaniste et politique de la communication (“réduire la distance entre les gens par l’intermédiaire des langages” – Michel Meyer) on cherche à réfléchir aux bases de ‘intercomprehénsion en organisant la “cohabitation” entre les individus, groupes et cultures.
            Le dialogisme des voix discursives, l’interconnexion des catégories stabilisées qui occulte sans brûler les ponts, favorise l’interrelation intense, la déterritorialisation et reterritorialisation dans un espace basé, en égale mesure, sur la mémoire et le changement.
            Comme dans le célèbre graffiti parisien qui assertait le paradoxe “C’est du même endroit que l’on sait et que l’on ignore”, nous nous sommes proposés de configurer un état de lieux et de forcer des barrières dans « l’horizon de l’interrogativité «  (C. Noica).



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